Rimbaud, "l'homme aux semelles de vent", arpente à grands pas le parcours fulgurant de sa jeunesse :
- Il cumule prix d'excellence et prix académique en vers latins à l'institution Rossat, puis au collège où il déroute ses professeurs et éblouit celui qui deviendra son ami et confident Georges Izambard.
- Il écrit "les poètes de 7 ans", "les étrennes des orphelins" , sa première publication en 1870, tous les chefs d'oeuvre étincelants qui fascinent Verlaine et sur lesquels il tire un trait définitif en 1873 à l'âge où d'autres commencent à écrire.
- Il rejette famille et bourgeoisie qui l'étouffent, multipliant fugues et frasques dès 1870, s'engageant dans la commune.
- Répudiant l'écriture il se fait aventurier explorateur et transmet de remarquables rapports à l'académie des sciences.
C'est que, toute sa vie, le tenaille une soif qu'il tente en vain d'étancher : "Et la soif malsaine obscurcit mes veines"..."pleurant, je vis de l'or et ne pus boire"...
Il croit assouvir ce désir en se faisant voyant par un "lent et raisonné dérèglement de tous les sens" en compagnie de Verlaine, rejetant impitoyablement ce qui le détourne de sa route : "mais moi, je ne veux rire à rien".
Ce ne sera qu'une longue traversée du désert parsemée d'errances, de misères, de querelles (culminant dans le coup de feu de Verlaine à Bruxelles) escorté du "pitoyable frère", du "docteur satanique".
Il retombe bientôt sur terre - "on ne part pas, reprenons les chemins d'ici" - non sans avoir, en de fulgurants aperçus, cru voir le voile se déchirer : "c'est la vision des nombres. Nous allons à l'Esprit"..."Mais je m'aperçois que mon esprit dort...Par l'esprit, on va à Dieu! Déchirante infortune!"
Celui qui n'a pas de mots assez durs pour les croyants qu'il caricature férocement avoue : "j'attends Dieu avec gourmandise".
Dès lors, il se jette dans l'aventure comme un "bateau ivre" ayant rompu toute amarre.
Epuisé, il revient à la ferme familiale de Roche (où il avait écrit "Une saison en enfer"), traînant une jambe gangrenée qu'il faut amputer : "les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds".
Sa soeur Isabelle remplit, avec quelle patience et quelle tendresse, ce rôle, l'accompagnant à l'hôpital de Marseille où la mort,peut-être, lui ouvre enfin les portes de la voyance.
|