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François René de Chateaubriand
France
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Le Zéro et l'Infini : tel pourrait se résumer l'épisode Belge où Chateaubriand faillit perdre la vie.
C'est en effet au lieu-dit Zéro, entre Arlon et Marche,
que Chateaubriand, engagé dans l'armée des Princes, s'arrête épuisé, blessé, brûlant de fièvre, près d'un camp de bohémiens.
Une bohémienne belle et brune lui demande l'aumone et, fille d'Eve, lui laisse une pomme pour étancher sa soif.
Les soldats du Prince de Ligne le trouveront inanimé - "
le dernier bruit que j'entendis était la chute d'une feuille et le sifflement d'un bouvreuil (Mémoires d'Outre-Tombe)
- son sac pillé ne contient plus qu'une liasse de papiers : le manuscrit d'
Attala commencé à la lueur d'un feu de camp.
Une vieille femme le soigne tandis que l'armée bat en retraite. Il évoquera
les brouillards, les fumées, les odeurs, les murmures de cette haute plaine.
Fils d'un hobereau breton, épris de littérature, il assiste aux débuts de la Révolution.
Explorateur, il se réfugie en Amérique. Blessé dans l'armée des émigrés, il s'exile en Angleterre où
il connaît la misère (le Génie du Christianisme
) et dénonce le mal du siècle (Attala, René).
Il croit trouver un sauveur en Bonaparte, mais rompt avec lui après l'exécution du Duc d'Enghien et s'ancre dans l'idée d'un christianisme rédempteur (
Les Martyrs). Déçu par la Restauration, il concilie sa fidélité légitimiste et son ouverture en groupant autour de lui la jeunesse romantique et libérale.
Précurseur du Romantisme, chantre de la beauté du Moyen-âge et de l'art gothique, amoureux de la nature, fasciné par la mort, celui qui se définit comme
un épicurien à l'imagination catholique va pourtant bien au-delà d'un christianisme esthétique.
Le vide, le désenchantement du monde débouche sur un nomadisme - il voyage abondamment - qui est aventure spirituelle : c'est le départ d'Abraham.
C'est dans les Mémoires d'Outre-Tombe que culmine une épopée qui fusionne l'imaginaire et le sensible, le monde intérieur et l'histoire dans une vision où le passé éphémère reflète une lecture poétique et prophétique de l'avenir et débouche sur l'infini.
N'est-il pas étonnant de lire sous la plume de cet aristocrate : l'Europe court à la démocratie (L'Avenir du Monde) ou comment trouver place sur une terre agrandie par la puissance d'ubiquité et rétrécie par les petites proportions d'un globe fouillé partout. Il ne resterait qu'à demander à la science le moyen de changer de planète (Mémoires d'Outre-Tombe). |
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